Le multiculturalisme. Urgence d’un effort d’adaptation de la communication publique

Cristian Florin POPESCU
Université Hyperion, Bucarest
popescu.florin@rdslink.ro 

 Abstract:

The key word of the stranger is an old topic. The stranger is the ennemy, if we consider the permanance of this character in rumor. By definition, the stranger is the evil, he represents the hidden mark of a continuos threat. He defies the order, the hierarchy, the habitudes and the identity of a community. It is during an entire history of humanity that the stranger has become the figure of a suspect by definition. During the antic epochs, the barbarians. During the Middle Age, the ennemies of God. During the modern epoch, «the other», always different, always disturbing the old order. And we are facing now the effects of the globalization and of the so-called multiculturalism. We are facing the effects of new media, of the freedom of circulation. On the other side, Europe is fighting in these days with a crisis of refugees coming from the arabic world. And Europe seems to have no solution. In regard of the new paradigm of terrorism since 9.11, in regard of the huge mobility of groups all over the world, and in regard with this new challenge of integration, the whole public communications (media, PR, social politics) have to accommodate to these new circumstances. Are they able to accomplish this task?

 Keywords: stranger, multiculturalism, integration – assimilation, clash of civilizations, new media, social media, citizen journalism.

 

Mise en perspective

C’est une évidence que, dès l’antiquité, le personnage de l’étranger a donné naissance à d’innombrables commentaires dans les formes textuelles les plus diverses, en commençant par les fictions, et en continuant par les méditations sociologiques, philosophiques, culturelles. Voyez, par exemple, la profusion des journaux de Voyages aux XVII-e et XVIII-e siècles.

Si on pense au portrait / mythe du bon sauvage (Jean-Jacques Rousseau, Montaigne, même Diderot, pour ne plus évoquer Robinson Crusoé qui rencontre Vendredi), si on pense à l’inclination des romantiques pour l’exotisme, ce qui sous-entend la création des géographies / univers parallèles, mais aussi la création de portraits des gens distincts des indigènes, le nombre des modalités de décrire l’étranger s’accroît.

En ce qui concerne le bon sauvage, nous avons une variante de l’amitié, qui laisse place à l’espoir. On recontre l’étranger bienveillant, candide, honnête, beau, ayant une belle âme. (Ainsi que ses variantes sous la forme d’un autre qui ne nous ressemble pas, sous le signe du grotesque. Par exemple, Quasimodo (Victor Hugo)).

Mais la littérature qui envisage l’étranger sous les signes du mal absolu, diabolique, haineux, destructif, qui entraîne le désordre, qui bascule les coutumes, les traditions, l’ordre naturel sociétal et moral, est, paraît-il, encore plus riche. Bref, cette littérature décrit l’ennemi absolu.

C’est ici que sont nés au fil du temps, jusqu’à nos jours, les nationalismes, la xénophobie, la haine éternelle entre les groupes ethniques / nations / races. C’est ainsi que sont nés les fameux stéréotypes raciaux, ethniques et religieux. C’est ainsi qu’on a construit l’ennemi – un thème développé, entre autres, par Umberto Eco (2011).

Si, à l’époque moderne (la période d’entre les deux guerres mondiales, suivie par la guerre froide), l’étranger / l’ennemi était établi à partir de la perspective de l’état-nation (avec les compléments apportés à un moment donné par la doctrine hitlérienne sur la race supérieure – l’antisémitisme et, en plus, toutes les autres races considérées comme inférieures, en commençant par les ukrainiens et terminant par les tziganes), en ce moment, en plein essor de la mondialisation, des nouvelles médias (considérés comme la technologie du postmodernisme), du néolibéralisme qui vient d’accomplir la fluidité des frontières, favoriser la libre circulation des citoyens, de la main d’oeuvre et des capitaux, surtout après le 11 septembre 2001, l’ennemi arrive à porter un seul nom: le musulman, l’islam, les réseaux terroristes créés surtout dans la monde arabe. (Il faut ajouter les accomodations localisées de cet ennemi, qui se sont manifestées à grand bruit dans les tabloïdes britanniques concernant l’invasion des tziganes roumains)).

Un Samuel Huntington parle d’un choc des civilisations (1996). Un Francis Fukuyama estime que le rôle le plus important appartient à ce qu’il appelle la disparition des idéologies qui s’achève par la fin de l’histoire (1991).

De l’autre côté, en quelque sorte, plusieurs Etats ont théorisé, ont expérimenté et ont déployé le multiculturalisme. Nous laissons de côté les Etats / nations qui sont nés et qui se sont édifiés à partir du multiculturalisme, les Etats créés par les vagues d’immigrations succesives (Etats-Unis, Canada, même Australie / Nouvelle Zélande), et nous allons aborder en premier lieu les anciennes métropoles des anciens empires coloniaux lesquels, chacun à sa manière, ont essayé de créer et gérer l’intégration des communautés. Chacun de ces Etats a essayé à sa manière de créer et gérer l’intégration de communautés appartenant à d’autres races et religions: Le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, respectivement, la France.

En Grande-Bretagne, on a mis l’accent sur la community cohesion. L’ancien premier ministre Tony Blair lançait le concept britannicité, un synonyme pour identité nationale. Ce concept se constitue selon lui, « autour des valeurs civiques: la tolérance, les droits de l’homme, la  justice et la démocratie » (Garbaye, 2011).

La France, au contraire, a joué (et joue encore) sur le dispositif constitutionnel de l’identité, édifié sur le concept de la citoyenneté établi par la Constitution. Et, à partir d’ici, sur l’égalité, sur la laïcité, sur le fait d’avoir en commun la langue française.

Les deux stratégies, qui proposent la réalisation de l’intégration, et non de l’assimilation,  ont enregistré de remarquables succès, mais aussi des échecs devenus manifestes à plusieurs reprises (la crise des banlieues des grandes villes en France – 2005; l’épisode Charlie Hebdo – 2015, la révélation du fait que les terroristes britanniques – Londres, 2005 – étaient des citoyens britanniques d’origine pakistanaise etc.).

Apparement, les stratégies des politiques sociales mises en œuvre pour éliminer la discrimination et donc pour favoriser l’intégration des communautés musulmanes, se sont heurtées contre le mur élevé par le désir de ces minorités de garder leur identité. Si les stratégies élaborées à la longue (surtout en France) visaient la co-exitence sous la devise de la diversité culturelle, les résistances communautaires (dirigées avec zèle par les imams) ont conduit, par ailleurs, à la ségrégation, à l’auto-isolation, au refus de respecter l’ordre constitutionnel et législatif du pays d’adoption.

Mais, à ce moment, l’Europe, y compris les deux Etats pris comme exemples (surtout la France), se trouve devant des provocations politiques, sociales et culturelles sans précédent. Quoique ces Etats paraissent des cités assiégées, les pays européens se trouvent devant l’impératif de l’absorbtion et de l’intégration (un processus compliqué et de longue durée) d’une vague de réfugiés musulmans estimé à plus d’un million de personnes.

Est-ce que les stratégies appliquées jusqu’à présent sont-elles suffisantes (qui ont enregistré elles-mêmes de nombreux ratés)? Ou bien est-il nécessaire d’inventer d’autres modalités encore?

Et s’il faut inventer d’autres modalités, en quoi consisteraient-elles?

Quel est le rôle des médias dans de telles circonstances? Quels sont les trajectoires de leur adaptation professionnelle? Est-ce que les médias seront-ils obligés à privilégier une fonction ancienne décrite par des théoriciens américains de la presse, la fonction de médiation, à-côté des fonctions traditionnelles dont la fonction fondamentale est la fonction watch dog? Est-ce que les médias vont privilégier la fonction prisme négligée jusqu’à présent par rapport à la fonction de refléter? Pour ne pas invoquer ce que les journalistes et les théoriciens américains appellent Interpretative Reporting, où l’enjeu principal est représenté par l’analyse.

 

La crise des médias classiques. Mise en perspective

Le début du XXe siècle enregistre les premiers essais, qui sont encore en vigueur de nos jours, pour transformer le journalisme en profession (1918 – Le Syndicat des Journalistes Français – Code éthique; 1922 – American Society of Newspapers Editors – Canons of Journalism et d’autres encore).

Dans ces codes on exprimait la mission de la presse dans une société démocratique, mais aussi les réglementations concernant la mission du journaliste par rapport aux autres pouvoirs de l’Etat.

Petit à petit, la presse de qualité a imposé ses critères professionnels qui ont fait de la communication par les médias un élément indispensable pour le fonctionnement correct des mécanismes de l’Etat démocratique et pour les conseils livrés aux citoyens, afin qu’ils puissent réellement participer sciemment, d’une manière rationnelle, aux décisions.

La même presse de qualité s’est efforcée à refléter et à fournir des informations correctes, complètes et promptes, concernant la vie de la société, les événements économiques et politiques.

Les années ‘60-’70 du XX-e siècle sont marquées par une profusion des codes éthiques; en ce moment, il n’y a pas d’institution de presse/médias de qualité, soit-elle privée ou publique, qui ne dispose d’un code de conduite professionnelle.

Les premiers codes invoqués ont stipulé d’une manière claire et ont implémenté le positionnement correct du journaliste à l’intérieur d’une démocratie. Le journaliste ne se substitue ni à la justice, ni à la police, ni à la… publicité.

Les codes ultérieurs ont détaillé les modalités d’accéder à un statut de neutralité et d’arriver à la capacité d’informer sans biais (en évitant les incompatibilités), et ils ont introduit des éléments de conduite professionnelle pour éviter la discrimination sociale, religieuse, ethnique, raciale, en insistant sur les principes fondamentaux: la présomption d’innocence, les prescriptions détaillées afin de respecter la dignité d’autrui (la calomnie, le respect du droit à sa propre image, le respect pour la vie privée).

Vers la fin du XX-e siècle, on a insisté dans les codes des journalistes sur la nécéssité de se refuser la stéréotypie (raciale, ethnique, de genre) et la discrimination des minorités (y compris les minorités sexuelles). Grâce à l’offensive du féminisme, on est arrivé à un grand souci en ce qui concerne l’égalité de genre dans la vie sociale et, grâce au concept correctement politique, on est arrivé à l’exigence d’éviter à tout prix la discrimination des personnes handicapées.

Toutes ces exigences d’un comportement profesionnel correct essayent d’orienter la profession vers sa tâche de médier entre les groupes de la société, de  bâtir la tolérance envers la diversité culturelle, ethnique, religieuse. En d’autres mots, la profession des journalistes est censée (allusivement) de jouer un rôle éducatif pour arriver à une coexistence harmonieuse des groupes de la société et des groupes ethniques / raciaux.

(D’une manière évidente, en même temps, les administrations des Etats vraiment démocratiques ont imaginé et ont mis en œuvre des dispositifs législatifs, afin que les principes fondamentaux des droits de l’homme et du citoyen – la liberté d’expression, ce qui veut dire aussi, la liberté d’adhérer ou non à une réligion, ainsi que la liberté de s’associer – soient rigoureusement respectées. Alors, la diversité qui se met en marche pourrait se manifester en toute liberté.)

On espérait, sans le dire, que le multiculturalisme – le dialogue entre les cultures de niche et le dialogue de ces cultures avec la culture nationale dominante – aboutisse à l’enrichissement culturel et sociétal.

On attendait une synthèse culturelle qui signifierait l’enrichissement du patrimoine culturel national et universel.

Par ailleurs, il faut remarquer que cette tendance est reflétée avec intensité dans les productions de la culture en masse – comparez un policier des années 1990-2000 à un policier des années 1960-1970, et vous allez remarquer que les sièges de police, les hôpitaux, les salles des tribunaux sont devenus multiculturelles, multiethniques. Voyez aussi ce qu’on a considéré une révolution de la télévision: les innovations imposées par la CNN.

Hall Jamieson et Cappella estiment que la CNN a changé les normes des nouvelles, tout d’abord pour les chaînes de télévision américaines. Plusieurs anchors-vedettes, d’où un abaissement de l’accent mis sur la personnalité de l’anchor. On a accru davantage, par rapport aux chaînes concurrentes américaines, le nombre des femmes et des personnes appartenant aux groupes minoritaires, dans le rôle de l’anchor (Hall Jamieson, Kathleen, Cappella, Joseph N., 1997: 18-19).

Apparemment, les médias de qualité s’efforcent de respecter les règles d’une cohabitation sociale normale, afin que les minorités soient traitées d’une manière équitable par rapport à la majorité.

La plupart des codes éthiques des journalistes exigent de renoncer à indiquer l’appartenence à n’importe quelle minorité des actants de la nouvelle, si cela n’aide pas le public à mieux comprendre ce qui s’est passé.

Pourtant, les journalistes ont du mal à s’attaquer à deux types d’événements: l’attentat terroriste (dans sa version postmoderniste, à partir du 11 septembre 2001 – nous allons revenir sur ce phénomène) et, ce qui paraît insoluble, la démarche de favoriser le dialogue, la réalisation d’un patrimoine commun forgé par la synthèse des cultures différentes qui composent la multiculturalité.

 

Zygmunt Bauman: la communauté. Avertissements inquiétants

En même temps, des sociologues et philosophes remarquables qui se sont penchés sur les mutations issues des phénomènes qu’on appelle mondialisation / société postindustrielle / postmodernisme se sont appliqués aux modalités du fonctionnement de la cohabitation des diverses communautés à l’intérieur d’une soi-dite société multiculturelle.

Leurs analyses, leurs interrogations troublantes son restés sans écho sur le discours des médias, au moins jusqu’à présent.

L’ambiguïté est donc née, et elle paraît même s’aggraver, autant que la bibliographie conssacrée à ce phénomène s’accroît.

La multiplication des angles représente, en fait, la multiplication des perspectives: politique / géopolitique, économie politique, sociologie, culture. De l’autre coté, paraît-il, d’une manière plus intense par rapport à n’importe quelle époque, la réalité qui devrait être décrite / explicitée / interprétée évolue trop rapidement.

Pourtant, nous avons quelques prémisses / explications qui paraissent avoir une pertinence acceptée en unanimité. Nous allons les aborder d’une manière schématique.

1) Durant les années 1970 (une époque de confrontation politique, idéologique et culturelle des deux blocs – le monde libéral et le bloc communiste) on peut remarquer la régionalisation des acteurs économiques (Etats-Unis vs. Japon, marché commun européen vs. CAER – le marché des pays communistes). Ce tableau géopolitique fait que la partie libérale de la planète (échange libre des marchandises + circulation libre des personnes / des capitaux) aboutit à un dénouement concret et, en même temps, symbolique: la fluidité des frontières.

Autrement dit, les centres de la planification / de la décision et du puvoir financier /  économique commencent à être détéritorialisés (dépassent l’autorité / la limitation locale). En revanche, ceux qui supportent les effets de ces mutations, restent localisés.

Tous ces mouvements ont besoin de décentralisation, de flexibilité, de mobilité.

A l’opposé, la planification hiérarchisée, bureaucratique, à laquelle on purrait ajouter les altérations / distorsions provoquées par le dogme idéologique au fonctionnement des mécanismes économiques, a pleinement contribué aux décalages économiques des deux camps.

En d’autres mots, le libéralisme, qui n’est pas forcément plus juste, a triomphé. La chute du Mur de Berlin / du rideau de fer a eu un effet important: elle a produit l’accélération du rythme de la mondialisation, en créant de nouveaux marchés-cibles (les anciens pays communistes) pour le capital ocidental / américain.

Le triomphe économique est-il à la fois un triomphe idéologique-politique-militaire (?), y compris grâce à la disparition du bloc militaire créé par le Traité de Varsovie?

C’est dans tout ce contexte que Francis Fukuyama a pu prononcer ses fameuses paroles qui ont provoqué tant de commentaires: la fin de l’histoire.

2) De l’autre côté, en premier lieu les altermondialistes, mais aussi les philosophes, les économistes représentant la gauche post-marxiste occidentale, estiment que les décalages Nord / Sud, et à l’intérieur des Etats (encore) nationaux les décalages mondialisés / localisés (synonimes – riches / pauvres – grandissent toujours. Dans de telles circonstances, d’autres concepts / phénomènes font leur apparition: exclusion, discrimination, ghetoïsation (avec le synonime français communitarisme), néocolonialisme.

3) Les rythmes frénétiques aboutissent à ce que, par exemple Zygmunt Bauman (il n’est pas le seul) considère comme phénomène / effet / concept / expérience fondamentale (individuelle et sociale, c’est-à-dire politique, économique, culturelle).

« La notion compression de l’espace – temps [notre accent] désigne d’une manière sommaire la transformation des paramètres de la condition humaine complexe, en train de se réaliser ». (Bauman, s.d., b: 5-6)

4) Ces paramètres sont détérminés – suggère allusivement Zygmunt Bauman – par la contradiction (objective?) du mondialisé (mouvement) – localisé (immobilisme).

Les centres de la production de la signification et de la valeur sont en ce moment, extratéritoriaux, donc en dehors des contraintes locales – état inapplicable à la condition humaine, que ces valeurs et ces significations devraient [notre accent] inspirer et expliciter. Ayant comme essence la mobilité, la polarisation actuelle a de nombreuses dimensions: le nouveau centre avance une interprétation différente des distinctions traditionnelles entre les riches et les pauvres; entre les nomades et les sédentaires, entre ”ceux qui sont normaux” et anormaux ou qui se trouvent hors-la-loi. (Bauman, s.d., b: 7)

5) Grâce aux nouvelles technologies de la communication, le monde mondialisé devient, d’une part, cosmopolite (↔ la promotion de la diversité ethnique, culturelle, religieuse et linguistique à l’intérieur des Etats-nations, mais qui favorise aussi les sécessionismes de tous sortes: corse, irlandais, basque, catalan et même québéquois et belge etc.) et de l’autre, le monde entier devient interconnecté.

La societé n’est plus apte à sauver, constate Zygmunt Bauman. En d’autres mots: la societé est indifférente en ce qui concerne le bien et le mal. Conséquence: dans de telles circonstances, lorsqu’on suppose que la société est ainsi, on pourrait soutenir le multiculturalisme.

Si la societé n’a pas de préférences, il n’y a aucune modalité de savoir si les préférences de quelqu’un seraient meilleures que celles d’un autre.

« D’ici, le droit d’être différent, le droit à l’indifférence [notre accent] »;

Lorsque la tolérance réciproque est couplée avec l’indifférence, les cultures communautaires pourraient vivre en proximité, mais elles se parlent rarement. Dans un monde du multiculturalisme, les cultures pourraient coexister, mais elles ont du mal à avoir une vie commune [notre accent] » (Bauman, s.d., a: 100)

 

Allons plus loin encore. Zygmunt Bauman indique plusieurs auteurs qui tentent de clarifier les problèmes du multicultualisme. Ils arrivent à des conclusions plutôt pessimistes.

Pour Jonathan Friedman, dans notre monde qui se mondialise rapidement, «ce qui arrive est que les frontières ne disparaîssent pas. Plutôt, il paraît qu’elles s’élèvent dans tous les coins des rues, près de tous voisinages qui sont en train de diparaître de notre monde» (Friedman, 1999: 241).

Dans ces circonstances, et en tenant compte des constats des évolutions quotidiennes, on pourrait conclure que la question est insoluble. Pire encore. Il paraît qu’on tourne bel et bien dans un cercle vicieux

D’une part, les communautés luttent pour préserver leur identité culturelle / linguistique / religieuse à tout prix.

De l’autre coté, les majoritaires sont en quête d’accomplir les idéaux démocratiques de l’intégration, et non de l’assimilation, ayant comme résultat une certaine harmonisation, donc une certaine diminution de l’identité des groupes intégrés.

Il paraît que la fameuse synthèse culturelle qui devrait naître de la coexistence multiculturaliste peut s’accomplir seulement au niveau de l’individu, jamais en ce qui concerne une collectivité entière.

Selon cette logique, on a vu s’affirmer des créateurs importants, par exemple, Eugène Ionesco ou Albert Camus, et encore beaucoup d’autres qui, dans les tréfonds de l’alchimie de leur création, ont amalgamé des traits / impulsions / visions profondément nationaux avec des influences du milieu qui a favorisé leurs œuvres.

Dans de telles conditions, la communication publique, dans tous ses formats, aurait la tâche de favoriser le dialogue des cultures communautaires. Dialogue qui, s’il se passait d’une manière systématique, aboutirait à une conclusion déjà exprimée par les spécialistes en littérature comparée. A la suite d’un tel dialogue interculturel possible, chacun des deux participants subit des changements. C’est le point où commence à s’édifier la fameuse synthèse culturelle.

 

Les médias et le terrorisme

Le phénomène terroriste est loin d’être si neuf. Variante de la guerre, le terrosime est aussi vieux que la guerre.

Ce phénomène extrêmement visible depuis quelque temps grâce aux technologies de la communication (à la fois modernistes et postmodernistes), a des racines profondes dans l’anarchisme qui s’est manifesté au début du XX-e siècle. Le terrorisme a aussi de nombreuses affinités avec les luttes de guérillas (luttes des partisans) qui se sont déployées durant les grandes guerres. Le terrorisme, dans ses formes de manifestation, a pas mal de points communs avec les luttes pour la libération nationale déclenchées par des provinces diverses (voyez le groupement ETA en Espagne, voyez le terrorisme corse en France, voyez l’interprétation des Etats occcidentaux et des Etats-Unis concernant la lutte des Chechens en Russie).

Enfin, le terrorisme a pas mal de points communs avec l’infractionnalité organisée (voyez la lutte anti-mafia en Italie). Et; fait également important, le terrorisme est lié aux disputes idéologiques (Wieworka et alii, 1987).

Longtemps avant la borne 11 septembre 2001, les analystes dressaient des distinctions nettes entre le terrorisme interne et le terrorisme international (Garcin Marrou, 2005).

Depuis longtemps, les médias ont été accusées de connivence avec les jeux des terroristes, en leur assurant une publicité exagerée, en quête de sensationnalisme et de recettes publicitaires.

Mais, petit à petit, les institutions destinées à gérer une crise terorriste ont amélioré leur habileté à communiquer envers la société (Public Relations: la communication de l’institution – ici, un gouvernement – à travers une situation de crise). Ces institutions ont réglementé aussi les modalités des communications médias dans de telles circonstances.

Parallèlement, les codes éthiques des institutions médias importantes (l’Agence Reuters) indiquent pour leurs journalistes des éléments destinés à les aider à trouver une position correcte.

Le terme terroriste, affirme l’Agence Reuters, est une étiquette politique. Voilà pourquoi, pour présérver notre neutralité, ce terme sera employé seulement dans les citations des sources officielles, jamais sous la signature des journalistes de l’agence. Nous allons remplacer ce terme avec des périphrases: par exemple, des militants islamistes (Reuters Handbook of Journalism, 2008, http://handbook.reuters.com/extensions/docs/pdf/handbookofjournalism.pdf).

Une exigence respectée à peu près complètement par les médias anglo-américains.

Voilà comment, au-delà de la mise en thème sur les faits du jour, les journalistes se sont dirigés vers des aprofondissements appartenant à la géopolitique, à l’économie globale, à la politique internationale etc.

Apparemment, les médias ont trouvé leur positionnement correct dans cette espèce d’événement. Evénement qui, grâce à la même mondialisation appuyée par les technologies de la communication (les nouvelles médias), est devenu à la fois détéritorialisé et téritorialisé.

 

Les médias et le multiculturalisme. Dérapages

Apparemment, autant qu’ils se fixent dans la grille politiquement correcte, les médias contribuent au climat d’indifférence masquée par la tolérance que nous avons décrit plus haut (en citant Zygmunt Bauman), donc à l’état d’incommunicabilité entre les différents groupes culturels, et entre ces groupes et la majorité.

Mais il y a des dérapages.

La tragédie Charlie Hebdo a été longuement commentée de plusieurs perspectives, pro et anti.

Selon un point de vue, les journalistes de Charlie Hebdo seraient coupables, parce qu’ils ont raillé les symboles sacrés des musulmans (encore minoritaires en France et en Europe). Car, l’islam interdit, à partir du XVI-e siècle, les imageries du Prophète, sans en mentionner les images ayant des connotations humoristiques-ironiques-sarcastiques (contrairement au monde chrétien qui met un fort accent sur l’iconographie et qui, depuis Voltaire et depuis Nietzsche, lorsqu’il s’agit d’un blasphème ou d’une ironie, ne met (plus) en fonction les armes létales pour punir d’une manière exemplaire les coupables).

Il est impossible de conclure avec des arguments si les journalistes de Charlie Hebdo ont ignoré les spécificités culturelles musulmanes ou si leur intention a été de railler la culture d’une minorité importante.

Une seconde série d’explications a envisagé le soi-disant échec du modèle républicain français, en soulignant que les agresseurs sont des citoyens français d’origine algérienne.

Enfin, une troisème catégorie d’explications a mis en évidence les différences majeures entre l’organisation et le fonctionnement du service religieux musulman et du service chrétien, dans le contexte du concept fondamental du mécanisme français: la laïcité.

La laïcité en France signifie l’égalité de toutes les religions (y compris les maçons, y compris les gens sans aucune religion), égalité mise en pratique par l’intermédiaire d’un dispositif institutionnel et législatif complexe.

Ce dispositif est en fonction pour tous les cultes chrétiens (catholiques, protestants, ortodoxes etc.), pour la communauté juive, pour les communautés maçoniques, mais il y a des fissures en ce qui concerne la communauté musulmane.

Et voilà pourquoi (nous allons citer les dossiers réalisés par les journalistes du quotidien Le Monde).

L’habilitation légale des imams est réglementé depuis 10 ans pour environ 2 000 mosquées et endroits consacrés à la prière en France.

A l’initiative du président Nicolas Sarkozy, on a créé le Conseil français du culte musulman (CFCM) qui avait comme but de réglementer aussi les questions liées au corps des imams. Miné par les frictions internes entre La Grande Mosquée de Paris, proche d’Alger, L’Union des organisations islamiques de France (UOIF) proche des Frères Musulmans et Le Rassemblement des musulmans de France proche du Maroc, CFCM n’a pas pu réaliser le recrutement et le processus de formation des imams.

Les résultats. Seulement 10 pour cent des personnes qui officient en qualité d’imam en France sont français, selon les statistiques du Ministère de l’Intérieur. Environ 400 imams sont détachés et rémunérés par la Turquie, 225 par le Maroc et 120 par l’Algérie. Durant l’été passé, les mosquées ont sollicité 400 d’imams en provenance de pays musulmans pour assurer les prières à l’occasion du ramadan.

Du reste, il s’agit de prédicateurs élus parmi les croyants, grâce à leurs savoir du Coran ou des langues arabes, y compris des prédicateurs qui s’autoproclament l’être.

Quant à la hiérarchie des imams, elle n’existe pas. « Il n’y a aucun programme, aucun manuel. N’importe qui pourrait s’autoproclamer imam », voilà les explications fournies à l’ hebdomadaire L’Express en juin 2015 par Mohamed Moussaoui, président de l’Union des mosquées de France qui revendique 500 mosquées sur le territoire de la France, organisme qui s’efforce de réunir les imams et les confesseurs visant à en finir avec «le radicalisme qui défigure l’image de l’islam et des musulmans» (L’Express, 15 juin 2015).

En fait, les instituts qui se chargent de la formation des imams en France sont peu nombreux: l’Institut Al-Ghazali, géré par la Grande Mosquée de Paris et deux instituts gérés par l’UOIF à Seine-Saint-Denis et à Nièvre (Le Monde, 14 janvier 2015).

Tous ces éléments nous transmettent le fait que l’adaptation de la communication des médias visant à éliminer toutes ces aspérités est illusoire. Toute adaptation – non suivie de la part de l’autre camp d’un effort similare – est vouée à l’échec.

Plus encore. Les nouveaux médias contribuent en grande mesure au désordre du discours public, donc ils contribuent à maintenir les failles entre les groupes qui devraient coexister en partageant le même espace, sinon à les accroître.

 

Les nouveaux médias. Une nouvelle situation communicationnelle. Le tautisme

Lorsque l’Internet a été lancé en 1973, l’événement a été salué avec un enthousiasme unanime. Un juge à la Cour suprême des Etats-Unis estimait que le premier amendement de la Constitution américaine a triomphé dans le monde entier.

Le sociologue Anthony Giddens considère que dans le contexte de la mondialisation,

la technologie des comunications [qui donne naissance à la] proximité technologique, a fourni une nouvelle signification de l’identité mondiale. L’Internet renforce l’intégration mondiale. On aboutit ainsi à une hyperdétéritorialisation, à une communauté virtuelle mondiale et on arrive, de plus, au fait que la hiérarchie politique existante en ce moment est bouleversée. L’Internet est une technologie postmoderne (Giddens, in Curran, 2002: 171-72).

Très tôt, nous voilà obligés de faire face à un effet pervers omniprésent: le tautisme.

Ce néologisme a été inventé par Lucien Sfez, en combinant les termes tautologie et autisme. L’auteur a construit le concept par analogie avec la métaphore Frankestein grâce à laquelle

l’effort de la science cognitive et de l’intelligence artifficielle tend à consolider ce point de vue: nous ne savons plus quelle intelligence est le modèle de l’autre. Sujet et objet, celui qui produit et l’objet produit se confondent. (…) Appliqué à la communication, ce système aboutit à la confusion totale de  l’émetteur avec le récepteur. Dans un univers où tout communique sans connaître l’origine de l’émission, sans pouvoir déterminer la personne qui parle, le monde technique ou nous-mêmes, dans cet univers sans hiérarchies, en admettant qu’elles ne se sont pas mélangées, où la base devient le sommet, la communication est tuée par un excès de la communication. (Sfez, 1991: 15).

La manifestation la plus évidente de cette situation se présente sous la forme des réseaux de socialisation et de ce qu’on a nommé journalisme citoyen.

Avec une rapidité inouïe, les nouveaux médias ont tout bouleversé. Les nouveaux médias défient le fonctionnement des médias traditionnels (autant du point de vue financier que professionnel). Les nouveaux médias changent violemment les coutumes de consommation. Le consommateur se trouve transformé. Il n’est plus assiégé par les offres. Il s’est transformé en explorateur, en conquérant. Les nouveaux médias ont modifié les relations interpersonnelles, en les remplaçant de plus en plus avec des relations interpersonnelles entre des masques, entre des avatars, entre des identités virtuelles. En d’autres paroles, on a introduit, à-côté du monde physique, des univers parallèles peuplés de personnages sans corps, extraits de l’histoire, extraits du contingent.

Le conscient et le sous-conscient agisssent ensemble. La réalité et le rêve (ou la rêverie ou la projection) coexistent.

L’internaute, l’utilisateur de Facebook, prisonnier de la communication virtuelle, devient un acteur (ou un objet?) de la computer-mediated communications.

Ce qu’on appelle interactivité change d’une manière dramatique. Il n’est pas du tout évident quelles sont les directions, ni quels seraient les résultats, même si les formes de manifestation sont évidentes. Le terme « interactivité » suppose un sentiment plus fort de l’engagement de l’utilisateur par rapport aux textes médias, une relation plus indépendante par rapport à la source de la connaissance, l’usage individualisé des médias et une possibilité plus grande de l’utilisateur de choisir. Ces idées sur la valeur de l’interactivité naissent du discours populaire du néoliberalisme, qui traite l’utilisateur, en principal, en tant que consommateur. (Lister et alii, 2003: 20)

Ainsi, l’interactivité est vue dans la perspective instrumentale (ou fonctionnelle).

 

Les « social media ». Comunication privée ou communication publique?

Dans l’éventail des facilités technologiques fournies par les computer-mediated communications, il est nécessaire de distinguer d’une manière tout à fait terrestre, entre les possibilités suivantes: le site officiel d’une institution, qui appartient à la sphère Public Affairs, e-mail, blog, (compte) Facebook /Twitter.

Il est évident que le site d’une institution appartient au domaine de la communication publique officielle, qu’il appartient aux modalités de la communication d’une institution (= Public Relations). La source est une source officielle, le contenu des informations est public (s’adresse au public, éventuellement par l’intermédiaire de journalistes appartenant aux médias classiques qui emploient ces informations en tant que sources directes: une source officielle contactée directement).

Dans ce contexte, selon les standards de la communication publique, ces informations (au moins, dans la perspective des PR americaines) doivent être caractérisées par promptitude, exactitude, elles doivent être complètes et claires. Bref, il est nécéssaire, conformèment aux standards professionnelles / éthiques de l’information, que les informations diffusées dans ces circonstances soient vraies.

Il est évident que l’e-mail appartient à la sphère de la communication privée qui se déroule entre deux personnes privées. Tout à fait semblable à la lettre traditionnelle écrite sur papier, mise dans une enveloppe timbrée et envoyée par les services de la Poste. Tout comme la conversation téléphonique. Selon les standards d’un Etat démocratique, la communication privée est inviolable. Pour nous exprimer carrément. Aucun tiers n’a le droit d’avoir accès à cette communication. Sont  exceptées les situations qui confèrent le droit à certaines institutions, selon les dispositifs législatifs, d’avoir accès à ces communications.

C’est dans ce point que paraissent des tensions, sous les pressions du phénomène terroriste et du crime organisé.

On demande des lois Big Brother qui donnent le droit à certaines institutions de stocker des données privées et d’avoir accès à des communications privées.

Par rapport au passé, appelons-le moderniste, c’est seulement le dispositif technologique qui a changé (évolué). Maintenant, il s’agit de contrôler le serveur, la banque de données des utilisateurs qui se trouve au fournisseur de services.

Avec le blog et avec le compte Facebook, la situation se complique. La valeur de vérité de la communication devient en quelque sorte relative, et même nulle.

Mais il est hors de doute que le blog et le compte Facebook appartiennent à la sphère de la communication publique.

Parce que n’importe qui peut avoir accès au contenu de la communication. Et ensuite. Dans les pays avancés, les institutions habilitées réagisssent avec promptitude face à des messages lancés sur ces réseaux, qui, par leur contenu, ne respectent pas les lois.

Davantage encore. L’exactitude de l’identité de l’émetteur, ainsi que l’exactitude éthique (la bonne volonté, l’hônnêteté, la vérité) deviennent relatives et on pourrait soupçonner même des tentatives de manipulation.

Du point de vue technique, X pourait construire un blog / un compte Facebook au nom de quelqu’un d’autre. Dans cette circonstance, nous avons affaire à fraude d’identité. Fraude / usurpation qui, dans le monde réel, entraîne des sanctions selon la législation.

Il y en a encore du relativisme (positif mais surtout pernicieux), selon la situation. Si celui qui lance le blog / le compte Facebook est, par exemple, un journaliste bien connu, son entreprise devrait représenter une prolongation de son activité au sein de son institution. Une prolongation de son activité de communiquer avec son public (avec l’ajout de l’interactivité / du débat). Rien de mal dans cette circonstance.

Mais si l’émetteur est un personnage ayant une position politique, dans le système judiciaire ou dans l’administration, cette position de communication publique se transforme en tricherie, en essai de manipulation, en déficience blamable d’hônnêteté et en mépris envers les citoyens.

Ce genre de personnage peut viser à obtenir des informations, voilà une possibilité. Quoique, dans cette situation technologique, l’identité de l’interlocuteur est incertaine.

Mais s’il vise à lancer des axes de communiction / de dialogue / de soi-disant débat, nous nous trouvons devant une fraude multiple.

Le personnage ne peut jamais invoquer ni l’avis personnel, ni la déclaration politique. Car n’importe quel personnage est indivisible. Il ne peut s’exprimer qu’au nom de l’institution dont il fait partie, et conformèment au rang qu’il détient.

 

Le journalisme citoyen et les «social media»

On pourrait dire, en suivant les considérations de certains sociologues médias americains, que la préhistoire de l’ainsi nommé «journalisme citoyen» (citizen journalism) est liée à l’apparition, à l’évolution et aux mutations que le phénomène CNN a imposées en télévision.

La révolution CNN s’est déroulée sur plusieurs plans: technologique (les satellites, la télévision câblée); format (télévision qui transmet exlusivement des informations en flux continu, une sorte d’agence de presse); écriture (multiculturalisme ethnique, racial et de genre); editing: la nouvelle réalité médiatique, «breaking news»; la collecte et la diffusion de l’information (souvent, l’emploi des images filmées / photographiée réalisées par des témoins, c’est-à-dire par des non-journalistes professionnels, donc par des citoyens).

Le citizen journalism, arguent les adhérents de ce nouveau « phénomène médiatique », en  profitant en premier lieu du support technologique offert par l’Internet (avec ses modalités de se manifester, y compris social media), propose un agenda alternatif, un agenda qui appartient vraiment à la communauté, un autre agenda, différent de celui de l’establishment.

En revanche, selon l’interprétation des syndicats de la presse française qui nous paraît correcte, citizen journalism est une source intarissable de la création et de la transmission des rumeurs, des insultes, des calomnies, des messages propagandistiques-manipulateurs en provenance de toutes sortes d’entités (officielles ou officieuses) ou d’entités subordonnées aux services secrets nationaux ou étrangers, amis ou ennemis ou… extra-galactiques.

Ce type de démarche de la communication publique contient des éléments de l’anarchie (= élimination des hiérarchies, de l’ordre) qui, avec d’autres phénomènes de tous sortes, contribuent à l’érosion irréparable des principes de la démocratie.

Au milieu de tous ces carrefours, surgissent pas mal de débats et de mesures adminstratives qui ne visent pas à contrôler le flux infini des messages qui circulent dans les réseaux de socialisation, y compris « les contributions des journalistes citoyens » mais, plutôt, d’amener ce phénomène de la technologie et de la communication dans une cohérence legislative qui soit comparable avec la législaton des médias classiques.

 

Conclusions

L’avènement de l’Internet signifie les possibilités de réaliser un processus de communication illimitée, autant en ce qui concerne un communicateur tout le monde qui, d’habitude, n’est pas qualifié, mais il est citoyen qui désire s’exprimer, quoique on ne sait jamais pour qui. Il désire s’exprimer sur n’importe quoi, dans tous les formats, à partir de contes de fées, jusqu’aux explications occultes des secrets les plus cachés de l’Univers, jusqu’aux jeux manipulateurs des services secrets – réminiscence de la guerre froide – et jusqu’aux théories de la conspiration. Il y a aussi des communicateurs, pas tout à fait tout le monde, qui visent surtout les racolages en masse de possibles adhérents. Ce sont des entités terroristes, qui, par ailleurs, émettent « en ligne » des exécutions de prisonniers et des enregistrement vidéo / selfie de l’attentat terroriste etc.

Cette situation communicationnelle a donné naissance à tous sortes d’effets pervers.

Les médias classiques, des institutions qui se sont consolidées du point de vue financier, doctrinaire et professionnel durant au moins deux siècles (en principal à partir de la fin du XIX-e siècle, le moment de la naissance des grandes agences de presse), des institutions qui avaient établi un rituel communicationnel avec leurs publics, mais aussi avec leurs sources, des institutions vouées à rapporter les informations, les analyses et les commentaires utiles en chaque moment à leurs publics / aux citoyens se sont trouvés, d’un coup, dans une crise existentielle et professionnelle profonde.

Leur rôle de médiation dans la société qui, en tout cas, n’enregistrait pas des résultats importants, si on prend en discussion la transformation de l’isolement communitariste à l’intérieur de la multiculturalité, est une fois de plus mis en discussion.

Tout d’un coup, les principes longuement débattus et expérimentés, les crédos sociaux, politiques et professionnels / éthiques se sont trouvés renversés, évités, ignorés, défiés, repoussés et altérés. Le but: leur disparition, leur dévaluation.

Qui sont les auteurs de ce coup? Est-ce que c’est la voix de la rue, les citoyens, les soi-disant citoyens? Eux-mêmes altérés par cette fausse source de l’enseignement alternatif devant laquelle le système « traditionnel » de l’enseignement, l’institution de la famille, les églises se sont trouvés impuissants?

Les blogs, les comptes Facebook, leur prolongation appelée par certains journalisme citoyen sont seulement des éléments isolés. Mais ces éléments se coagulent et se transforment en torrent ou en avalanche qui balaie tout.

Les principes, les relations interpersonnelles à l’intérieur de la société et au sein de la famille sont balayés, la MORALE elle-même, c’est-à-dire l’honnêteté, les sentiments d’amitié, de solidarité, d’entraide, se trovent à leur tour, mis en question. Relativisé(e)s.

En fin de compte, tout cela a conduit à une crise de la communiction dans une société qu’on a surnommée ironiquement « société de la communication » (soit-elle une société circonscrite à un Etat national ou à la communauté internationale), tout simplement parce que les lignes sûres, vérifiées et peut-être irremplaçables de la vraie communication ont été altérées.

 

Références

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