L’imaginaire numérique et les formes communicatives

Fabio LA ROCCA
Université Paul-Valéry Montpellier III
fabio.la-rocca@univ-montp3.fr

Communiquer, c’est entrer dans l’orchestre
Gregory Bateson

 

Abstract:

The technique is one of the sensible characteristics of the relation with the world. In the paradigmatic trajectory, we can detect how the technique is the expression of a mutation in different manners that influence the communication and renovate the individual perception and the way we visualize the world. We must consider the technique as a key to comprehend the essence of the human being; so from a phenomenological and epistemological point of view, this is bound to have a highly significant impact on the way we organize knowledge ontologically and how this relation to the technique and its apparatus is an existential condition, an interface conditioning the way of social communication and relation in the daily life.

Keywords: technology, communication, knowledge, visualization.

Ingresso 

Le processus de connaissance se fonde sur une évolution « temporelle » qui lie ensemble culture, société et savoir. À chaque époque correspond un type particulier de pensée, une façon de voir le monde qui trouve ses fondements dans les révolutions scientifiques et dans les changements de paradigme. Ces derniers, en suivant l’approche théorique de Thomas Kuhn, influencent la manière à travers laquelle nous voyons les choses et, par conséquent, l’action de voir le monde à travers autres yeux. Cela signifie qu’après une révolution scientifique, on réagit de manière à pouvoir s’adapter au « nouveau » regard, à la « nouvelle » vision du monde qui émerge. Ce discours est valable naturellement aussi pour le progrès de la technique et de ses instruments qui conditionnent la manière de communiquer et de s’informer. C’est dans cette direction que nous pouvons mettre l’accent sur l’évolution de la technique du point de vue des changements épistémologiques, puisqu’elle favorise et adapte les instruments du voir. La réflexion sur la technique et l’évolution technologique s’élargit aussi aux instruments et appareils de la communication, aux subjectivités « numériques », au contexte historico-social et culturologique. C’est-à-dire, nous ne sommes pas dans un champ historique restreint mais, au contraire, dans une situation de grande ouverture d’horizons de la pensée et de la connaissance liée à des facteurs de changement influençant le vécu qu’il faut apprendre à voir sous multiples points de vue. La technique alors nous aide à structurer le monde au travers des artefacts, instruments, appareils et vision qu’elle produit; et en même temps à travers les effets qu’elle génère sur le comportement, l’existence, le savoir et donc les situations sociales et culturelles issues des formes communicatives. À chaque mutation de la technique s’accompagne une variation de la pensée et des modes de voir le monde, et aussi du tressage des relations et interactions sociales à comprendre comme la conséquence directe de l’adaptation de l’homme à l’atmosphère ambiante de l’époque. Cela représente la base à partir de laquelle il faudra partir pour comprendre et interroger les changements que notre monde actualise en permanence; pour comprendre comment la connaissance se forme et ré-forme dans son effort d’actualisation et ajournement à l’esprit du temps, de quelle manière se développent et évoluent les formes de communication, quelles sont les caractéristiques socio-culturelles qui émergent dans la scène numérique informative et comment nous donnons vision et communiquons notre vécu dans les formes habitatives contemporaines.

 

Esprit du temps

Dans une optique « climatologique » qui nous est chère, c’est-à-dire d’ajournement ou de mise à jour de la pensée au climat social et culturel dans lequel nous sommes immergés, chaque medium ou appareil change selon une évolution technique qu’il est possible d’interpréter comme un processus de dévoilement du monde, une mise à nu du vécu – il suffit de penser dans cette direction aux effets du cinéma et de la photographie. La perception du vécu, de fait, n’est jamais indépendante d’une certaine structure technique d’instruments mis à disposition nous permettant d’ « agrandir » le réel au quotidien – cela est un des sens symboliques que nous pouvons, par exemple, attribuer à la photographie – dans l’ici et maintenant du vécu. En son temps Martin Heidegger a bien montré comment l’essence de la technique réside dans la modalité de « dévoilement » de la vérité et donc, comment elle n’est pas simplement un moyen. Cette conception est liée à la signification grecque du terme technique, tekhnè, connectée à l’expérience du connaître et du savoir. « Connaître » et « savoir » comme ouverture vers quelque chose, son dévoilement. Or, sur cette base, dans une optique de lecture de l’esprit du temps et repositionnement épistémologique, il est possible constater de quelle manière la technique correspond à un processus de transformation de l’existence et de l’environnement social et culturel. La technique, dans cette direction, construit le Réel, le transforme et le produit aussi. En outre, dans ce processus nous pouvons également mettre en perspective l’idée de McLuhan sur la modification de l’équilibre sensoriel qui influence notre mode d’être et de voir en fonction de l’évolution des instruments de communication et donc de la technique. Nous pouvons pareillement relever des altérations sensorielles en relation aux techniques de vision, aux successions médiologiques et instrumentales. Nous sommes immergés par ce fait dans une situation de mutation socio-technologique. Il suffit de penser à l’invention de l’électricité et comment à partir de l’illumination urbaine s’actionne un vaste processus de transformation de l’environnement, du voir, des relations et du vécu. La lumière artificielle – et cela vaut pour le cinéma et la photographie – constitue un facteur de mutation de l’expérience sensorielle et visuelle et donc du développement de la connaissance puisque les instruments du visible favorisent l’information, la connaissance et un particulier accès au monde, inaugurent donc un nouveau ingressus[1]. D’une manière analogue, Walter Benjamin en décrivant les célèbres Passages parisiens montrait comment l’environnement urbain transformait la sensibilité et les modes de perception par l’effet d’une généralisation du phénomène technique. On pourrait interpréter la conception benjaminienne aussi comme l’effet d’une relation entre la communication et le vécu, ou bien la relation entre le médium de la pensée et le moyen de communication transmissible.

De ce point de vue, il est également possible de mettre en perspective l’idée d’une nouvelle grammaire du social en prenant en considération la transformation des dimensions sensorielles de l’œil et de ses prolongements techno-corporels. Ce changement transforme à la fois l’accès-ingressus au monde et l’expérience du vécu et ses formes communicatives transmissibles. Aujourd’hui, de plus en plus, nous percevons le monde à travers les techniques de communication; et c’est aussi pour cette raison que la technique, à présent, est part intégrante de la conscience. Nous sommes alors positionnés dans une optique de fusion entre tekhnè et bios : comme le montre Moisés de Lemos Martins (2011) la technique est immergée dans la vie de l’homme. Cette observation nous permet de comprendre la manière à travers laquelle la technique ne se réduit pas essentiellement à l’objet ou au simple dispositif utilitaire, mais au contraire elle est génératrice de connaissance, de mutations corporelles, de manière de voir et visualisation. Elle est aussi un art de faire, un mode d’être qui conditionne de l’intérieur notre existence. Il suffit de penser de quelle manière le vaste domaine de l’environnement techno-médiatique s’empare de notre vécu et influence notre modalité de sentir, d’être, ainsi que notre sensibilité et sensorialité. Cinéma, photographie, environnement numérique sont à cet égard paradigmatiques par leur capacité de structurer et conditionner notre imaginaire et notre relation sensorielle avec le monde. Des médias, ou bien on pourrait dire des interfaces, qui s’interposent entre nous et le monde et en véhicule la connaissance et la transmissibilité de ses multiples facettes.

Il faudra ainsi s’interroger ou bien analyser et décrire, cette évolution techno-médiatique pour saisir sa nature, comprendre les modifications qu’elle apporte, les bouleversements atmosphériques de la sphère sociale conditionnée par les objets nomades et l’immédiateté des transmissions de messages et d’émotions, le rapport aux surfaces numériques et l’ « écranisation » de l’existence, les mutations optiques/haptiques dans la fluidité des rapports info-communicationnels. Des exemples, des symptômes plutôt, de notre condition existentielle contemporaine structurant l’imaginaire en œuvre dans la situation numérique du monde actuel, dans cette société « augmentée » qui détermine les formes communicatives et comportementales de l’être.

 

Les trajets de l’imaginaire techno-numérique 

Dans une optique de « trajet de l’imaginaire », nous pouvons montrer d’un point de vu historique, social et culturel de quelle manière l’évolution de la technique rime avec l’évolution de l’homme. C’est-à-dire, la concrétisation d’un processus d’interaction entre la technique, l’homme et l’environnement ambiant. Chaque succession temporelle techno-médiologique est le reflet d’une manière de voir spécifique, d’une structure du vécu donné et, par conséquent, un apparat de dispositifs particularisant le corps, le savoir et les modalités info-communicationnelles. De ce fait, la relation à la technique et à l’objet dans son trajet anthropologique est une condition existentielle, un conditionnement de notre vie quotidienne, de notre rapport au monde et subséquemment à la connaissance. Les changements de perceptions et de sens, donc les variables des chocs perceptifs, sont un des résultats de ce trajet temporel à partir duquel il est possible d’observer, par exemple, la façon à travers laquelle avec la naissance de la métropole se produit une nouvelle visibilité des choses. En recourant à d’autres exemples, l’on peut noter que le dévoilement technique de la photographie permet une visualisation particulière du quotidien ; le cinéma se forme non seulement comme simple instrument de montrer, mais comme mode singulier de voir, sentir et habiter le monde ; le territoire numérique évolue comme flux visuel d’expérience et langage. En somme, dans la situation post-organique actuelle, l’être humain se fonde avec la technique en définissant un rapport au monde dominé par une irruption massive du numérique technologique dans le réel. C’est le cas ici d’une pénétration techno-symbolique qui modifie les aspects sensoriels dans la pluralité de la vie sociale. Il suffit, à ce titre, de penser à comment le smartphone – véritable télécommande de la vie quotidienne – en tant qu’objet transitionnel (on pourrait même l’envisager comme le « doudou techno-magique » des jeunes générations) d’un vécu techno-communicationnel-ludique formé par des parcours existentiels et des modalités d’habiter le monde dans une optique d’expérience et gestes pluriels, d’identifications multiples, de partage de flux vital. Dans ce sens, l’être humain devient, dans le paradigme ubimédiatique et technologique contemporain, un être-flux. On constate ainsi le passage de la personnalité mono-psychique à celle flux-schizoïde qui décrète la mort du sujet cartésien et la présence hybride de l’homme symbiotique. Un hybridisme que nous pouvons concevoir aussi en fonction de l’expérience visuelle du vécu comme Télé-Présence, Ciné-Présence, Photo-Présence: c’est-à-dire, une visualisation perceptive de l’être ici et maintenant, dans un environnement de réalité renforcée comme produit de plusieurs sphères visuelles. La visualisation, le « monstrer » et le percevoir sont les actions d’une nouvelle instantanéité du vécu à travers des appareils technologiques qui redéfinissent l’apparaître même de l’être humain et notre présence aux choses. Il s’agit, en reprenant ici l’analyse de Stéphane Vial (2013a), d’un sentiment ontophatique instituant des nouvelles modalités de « se sentir » au monde. Cela est bien une condition techno-existentielle basée, en particulier, sur des stratégies de vision technique qui modifient l’expérience en générant des nouvelles formes de présence sociale. D’un point de vu phénoménologique, l’être-là – en tant que dasein, présence – se situe dans une optique de changement de l’acte perceptif et de l’action du « monstrer », conditionné par l’effet techno-numérique. La situation perceptive numérique ne comporte pas seulement un nouvel événement historico-social, mais coïncide surtout avec le dévoilement d’une nouvelle expérience phénoménologique du monde, de la modalité à travers laquelle l’existence est et apparaît. En ce sens, l’être-au-monde est influencé aussi par le pouvoir de technique qui, de son côté, en influence la structure visuelle et perceptive en créant une union hybride où le système technique spécifie nos modes de voir et faire voir. Nous comprenons ainsi que la révolution temporelle de la technique, qui coïncide dans l’optique de la climatologie contemporaine avec l’avènement du numérique, n’est pas seulement une mutation d’objets (les divers dispositifs) mais aussi une mutation de sujets et donc de modes à travers lesquels l’être communique et vit sa quotidienneté. Dans cette visée, le paysage technique appartient strictement à notre vie et en conditionne les développements des formes interactives et d’expérience. Avec l’avènement technologique, nous sommes dans une phase où la technique vit une nouvelle « aura », dans son unicité d’apparition, à travers laquelle le monde s’offre à la perception et, en même temps, il est montré par les visualisations de notre vécu. Cet « avènement » grâce à ces effets techno-symboliques définit une dimension où l’humanité se trouve « augmentée » puisque l’évolution biologique est actualisée par celle de la culture et de la technique.

Avant McLuhan, Arnold Gehlen dans son Die Seele im technischen Zeitalter (1957) – l’humanité à l’ère de la technique – avait illustré de quelle manière la technologie est un prolongement de nos sens, donc une extension de notre corps, ou bien une prothèse. Dans ce sens, on peut penser aux prothèses du smartphone dans nos mains, ou au prolongement sensoriel de la caméra (photo et vidéo) dans la constitution d’un « troisième œil » –  qui renvoie d’une certaine façon au fameux « ciné-œil » de Dziga Vertov dans son The Man With A Movie Camera­ – comme modalité particulière de pénétration dans le monde et, par conséquent, comme possibilité de « faire advenir » le monde. La prolifération des divers objets technologiques dans le quotidien, est le signe d’un prolongement sensoriel et perceptif de notre œil qui change de nature. Il est de plus en plus sollicité et stimulé par la captation d’instants quotidiens immortalisés à travers le visuel, grâce à la facilite d’accès techno-numérique au processus de visualisation. Nous pouvons alors dire que la multiplication des appareils de visualisation représente une réponse aux besoins visuels de l’être contemporain, de cet homo tecnologicus « augmenté » qui, à plusieurs reprises, se positionne dans une stratégie de mise en forme du quotidien. Ici nous nous retrouvons face à une participation à la production de formes esthétiques dans le flux connectif qui contribue à styliser le sentir contemporain comme processus de transformation des effets techno-sociaux. Le cogito ergo sum cartésien se trouve aujourd’hui transmuté dans le photo ergo sum ou vidéo ergo sum : dans le double sens de voir et être vu pour pouvoir exister. Voici une des significations stylistiques du climat socio-culturel contemporain fournissant comme résultat, la prolifération et la circulation des images comme effet augmenté des techniques visuelles et la métamorphose existentielle de percevoir et mon(s)trer.

 

Interfaces sensibles 

Si l’on se plonge dans notre actualité techno-sociale-culturelle, il est possible de remarquer une explosion du visuel et la pervasivité médiologique dans notre existence à traves la prolifération d’innovations comme les écrans plats et circulaires dans les espaces internes et externes, d’objets nomades de vision, Ultra HD, 4D, tablettes et consoles pour jeux cinesthésiques jusqu’aux Google Glass qui contaminent l’imaginaire présent. Tous appareils qui influencent de manière prépondérante notre œil et notre vision du monde, d’un point de vu optique et tactile. Cette trans-mutation nous met en face d’un « techno-œil » comme modalité sensible de l’acte de percevoir, du regard, mais aussi de distraction et hallucination esthétique. Donc, dans le quotidien, la vision se trouve élargie, augmentée, et l’expérience in visu que nous expérimentons condense la modalité perceptive à travers la médiatisation techno-numérique. Une visualisation d’ondes technologiques qui part d’un senseur numérique pour transformer notre espace mental, le champ de vision et émotionnel dans une trans-immersion de la sensitivité humaine qui réorganise l’imaginaire contemporain. On pense par exemple à la banalisation de l’acte photographique et vidéo qui se répand à travers la technologique numérique du smartphone, en nous permettant d’accumuler des images de la vie quotidienne et des instants vécus et de les échanger et partager de manière émotive à travers la connexion au système rhizomatique du Réseau. Photographier et filmer la vie quotidienne, et ensuite partager et échanger les instants captés afin de créer des liaisons techno-symboliques, est un processus ordinaire pour capturer le monde en images: ce monde qui est devant nos multiples regards lesquels interceptent, d’un point de vue phénoménologique, les formes des immersions dans l’actuelle aura technologique.

Ce monde représente bel et bien une époque d’hyper-stimulation par le visuel qui génère, par conséquent, une constante hyper-visibilité où les corps s’affichent et se montrent en continu. Au quotidien nous diffusons à profusion des morceaux de notre vie via la communication par images interposées. C’est-à-dire que nous communiquons à l’autre nos facettes qui passent de plus en plus via une typologie de face à face écranique : ce rapport constant à l’image, d’échange et de partage, représente la visibilité des corps sociaux à l’ère de la reproductibilité numérique. Tout cela produit une sorte de carnavalisation communicationnelle dont le selfie[2] représente la tendance la plus commune du désir de se montrer et d’être visible et non dans le but que la plupart des observateurs psycho-socio et des journalistes définissent comme pathologie narcissiste. D’ailleurs si l’on pense à l’histoire des médias, à chaque nouvel outil de communication il existe toujours une tendance à soulever continuellement, et mettre l’accent sur, les aspects pathologiques et stigmatiser les médias : pensons à la télé, aux jeux vidéo, au cinéma, à l’internet. En conséquence, au-delà des analyses simplistes, superficielles de la réalité sociale, le selfie peut être vu et interprété comme un objet intéressant pour comprendre les mutations des formes communicatives à l’ère des réseaux. Comme l’indiquent Nancy Baym et Theresa Senft[3] – deux figures importantes des media studies – le selfie est un objet photographique permettant la transmission d’un sentiment humain sous forme de relation, mais aussi une pratique, un geste pour envoyer divers messages à des communautés différentes. On comprend alors ici, que dans sa banalité quotidienne, cette pratique est aussi un moyen de former et tisser des liens et surtout un instrument utilisé pour exprimer les situations émotionnelles et une présence socio-spatiale. D’ailleurs la photographie, ou l’image en général, est toujours de l’ordre de l’émotion, d’une circulation des affects, de la mémoire. Et alors, dans les pratiques communicatives culturelles de notre contemporanéité, le selfie est bien de l’ordre de cette sacralité affective, une manière d’expression des états d’âme circulant dans les territoires et paysages spatio-numériques. C’est bien cela la sensation d’une interface esthétique, sensible qui permet donc de diffuser et circuler les émotions et qui met en jeu les sens. Avec la pratique visuelle de la photographie numérique et le corollaire de l’univers selfie-instagram on visualise l’existence, on l’externalise dans un flux immédiat, on rend éternel le moment présent de notre manifestation identitaire. C’est une sorte de nouvel album de famille qui de la mythique pellicule Kodak se transmute dans la numérisation de l’existence, capte l’instant – le sens d’Instagram c’est bien cela – et nous donne un aperçu sur les manières d’habiter le monde. Cela amène à une dilatation du monde et du corps social à comprendre comme une des formes de communication contemporaines effectives où se mettent en action l’extase du partage et en même temps de nouvelles conduites sociales. Conduites qui reposent aussi sur la relation multipliée avec les interfaces sensibles : pensons par exemple à la forme tactile à cette capacité « digitalo-tactile » (Sadin, 2011) que l’on retrouve dans les smartphone nous permettant de zoomer, agrandir la visualisation et qui est le symptôme d’une sorte de relation maniaque avec cette tactilité, un rapport presque charnel.

Dans la continuité de ces types de conduite on peut même penser à la vocalité, et voir comment dans la fluidité de la vitesse contemporaine, dans la « condensation du vécu » comme l’appelle Harmut Rosa, sociologue-philosophe représentant de la nouvelle « Théorie Critique » liée à l’esprit de l’Ecole de Francfort, dans son Accéleration (2010).

Tout cela représente aussi un mode de s’aventurer dans le monde et de vivre le présent dans son immanence, de s’immerger dans l’environnement expérientiel. Une manière comme « champ d’actions possibles » (en paraphrasant la phénoménologie de Alfred Schütz) est d’autre part définie par la convergence techno-culturelle où s’approprier du monde signifie adhérer à cette gestualité et ces styles de visualisation techno-numériques devenus, désormais, une habitude du vécu contemporain. Si chaque époque a ses conventions stylistiques, alors nous pouvons comprendre comment les techniques de vision, en particulier, sont le fruit d’une action perceptive augmentée. Et comprendre aussi, en suivant Joshua Meyrowitz, comment la modification de la structure de situations sociales, la transformation d’une situation, comporte en même temps la modification du rôle joué par les individus et, par conséquent, la façon dont les instruments techniques de communication et visualisation changent les manières d’habiter et d’être présent dans un lieu. Ce que Meyrowitz définit comme une condition de « géographie situationnelle » peut être lu aujourd’hui à travers le prisme de la condition habitative techno-numérique redéfinissant les frontières de présence et perception. Si l’homme est mobile par nature (comme disait en 1973 Martin Cooper l’inventeur du premier téléphone mobile), alors l’effet contemporain du nomadisme connectif est un paysage logico-chronologique du devenir humain, des effets d’un espace temps en mouvement, élargi et augmenté surtout par les techniques de vision. Notre être toujours disponible et l’action de voir et de tout montrer – le tout est visible par nature – sont des symptômes d’une ontologie de l’être contemporain et de l’instrumentation technique qui, rappelons-nous, modifie les traces existentielles et perceptives. Si nous recourons encore ici à l’exemple du smartphone, il est possible de constater que dans cet objet se retrouvent ensemble les capacités techniques de la multifonctionnalité correspondant bien au désir de mobilité et de pluralité qui coïncide avec l’ubiquité permanente à saisir d’un point de vue spatial et existentiel. Cela est également le signe que l’on peut l’associer à la façon à travers laquelle la personne est affectée par les choses. « Choses » par rapport auxquelles il est nécessaire de réfléchir au-delà de la simple structure d’objet afin d’en cueillir la force interne, c’est-à-dire leur caractère « ontophanique ». Un processus phénoménologique nous permettant de prendre conscience des mutations sociales et culturelles, en tant que conséquences des effets technologiques. Pensons par exemple la façon à travers laquelle les simples « App », diffusées comme variances du dispositif techno mobile, sont devenues le corollaire d’un mode particulier d’être, le résultat d’une déclinaison stylistique qui miroite la singulière situation culturelle d’aujourd’hui. En ce sens, la phénoménologie de la technique montre comment les appareils technologiques ont un impact sur le comportement et, surtout, comment se conditionne la perception, le mode de rendre visible le réel. Dans la substance, la complexité du monde et de ses variabilités techno-sociales et culturelles, peut être pensée comme une situation existentielle qui apporte une option épistémologique.

Il est clair, en accord avec l’analyse de Stéphane Vial, que les interfaces numériques représentent une nouvelle matrice ontophanique: c’est-à-dire une nouvelle forme au travers de laquelle coule notre perception (2013b: 185). Et il est alors possible de comprendre cette modalité, si nous pensons particulièrement à l’effet de l’immédiateté conditionnant la vie sociale.

 

Modalités communicatives 

C’est dans cet esprit qu’intervient, par exemple, la profusion de l’image de plus en plus sollicitée, signe aussi de la prégnance – encore une fois – de tous ces appareilles numériques qui structurent l’être et forment ainsi un nouvel « apparaître » (Vial). Un « apparaître » fusionnant dans une existence sans fil, comme métaphore de la vie en réseau, qui tisse des liens et des ouvertures sur et vers l’Autre. En effet, nous savons bien qu’il n’y a pas de lien social sans communication et que l’ouverture à l’altérité se conçoit sur un jeu de tissage de liens, de résonance avec l’autre. C’est cela, comme le montre la réflexion de Michel de Certeau (1994: 165-166, 174-176), s’ouvrir à l’altérité. C’est également une production d’occasions de rencontre et de partage; une modalité que l’on peut comprendre mieux aujourd’hui avec l’évolution technologie nous installant dans une société du partage immédiat. Dans ce sens on pourrait même parler d’un présent qui se base sur les clics des claviers de nos appareils, conséquence d’une particulière extase du partage à considérer aussi comme une occasion de rentrer en syntonie avec l’autre. D’autre part, si la communication, dans un de ses sens classiques, se base sur la communication d’un visage, d’une certaine manière on pourrait voir l’évolution technologique comme une communication de visages partagés via les instants photographiés de notre quotidien qui circulent sans cesse dans les territoires du web. Si on reprend ici l’analyse de la communication de Michel de Certeau, son caractère évident est qu’elle rend possible la vie de l’individu, ce qui signifie donc l’insertion du vivant dans ces systèmes d’interaction; cela génère la forme et l’identité du corps social. De ce fait, la communication numérique de partage d’émotions et instants du vécu via multiples formes prend force comme significatif de l’identité numérique construisant un ensemble toujours plus vaste de partages émotionnels. Même si de plusieurs courants d’analyse il y a toujours plus de critique de la communication numérique considérée comme support de l’isolement, comme frivole et destructrice du lien social, au-delà il faut tout de même rendre compte de ce mouvement de partage en continu, d’une condensation du vécu sur le réseau numérique amenant à une sorte de narratologie du quotidien via les écrans. Il y a ainsi des nouvelles conduites sociales que l’on peut lire dans ce mouvement qui vise à « fluidifier et intensifier les liens à l’information » (Sadin, 2011) se développant à travers les multiples déclinaisons du réel dans le monde socio-numérique et qui trouve son terrain sur les écrans disparates formant notre sphère sociale. Il est clair que la contamination écranique signifie aussi contamination du réel où, à juste titre, nous apprenons à voir le réel à travers les images de nos écrans (Fisher, 2014).

Dans cette atmosphère, l’écran des divers objets connectés participe alors à faire apparaître le monde, à être-là et donc aussi au changement des catégories perceptives.

D’ailleurs dans la structure communicationnelle contemporaine, il faut remarquer comment l’écran devient la parabole d’un autre type de langage se déclinant via les symboles émotifs comme les émoticônes: on parle alors de « langage émoticône » qui envahit notre existence via les téléphones portables. On pourrait même faire référence aux emoji – tendance développée par les adolescents au Japon – qui structurent les échanges communicatifs via la vitesse. Un nouveau mythe communicationnel qui se base sur la phénoménalité des conversations rapides via sms, chat, forum qui s’intègre au langage classique des mots en lui ajoutant une touche esthétique au sens de l’émotion que l’on veut faire partager, et bien sûr amusante, comme forme et substance de l’esprit ludique contaminant le monde contemporain de manière carnavalesque[4]. Il y a là aussi un développement de codes formant un langage spécifique propre à une certaine tribu, ce qui signifie aussi une diffusion d’un style identitaire comme l’on avait déjà remarqué avec la prolifération de l’argot ou bien des mots coupés et inventés par la jeunesse via les réseaux numériques et les messages instantanés. Les émoticônes et emoji sont alors une empreinte visuelle, un autre type d’alphabet symbolique comme forme expressive d’une narration en images qui montre bien la force du symbole dans notre société[5]. Phénomène qui peut aussi être illustré avec la terminologie spécifique de « Parlimage[6] » montrant la manière à travers laquelle l’échange communicatif se fond sur un mixte de mots, symboles, émoticônes, images: donc une visualisation émotionnelle. Dans ce sens il suffit de mentionner des applications numériques comme Snapchat, Instagram, Vine, ou tout simplement encore l’ampleur de la génération LOL typique de l’avènement massif des réseaux numériques. Tout cela représente parfaitement une production de cet univers numérique rendu possible par l’avancement technologique, la prolifération des smartphones, et montre bien comment les nouvelles générations sont imprégnées dans une culture de langage de plus en plus visuel comme forme et structure d’un rapport au monde qui se compose aussi via le partage émotionnel. L’image, le symbole, sont alors des méthodes de conversation qui invitent à une réaction, donc à une interaction d’échange via photo, vidéo, smiley. La culture visuelle donne ainsi vie à cette modalité du « Pic speech » (Trinh-Bouvier, 2015) qui s’impose dans notre société actuelle comme un nouveau langage quotidien où l’échange émotionnel (images, symboles, émoticônes) représentent le cœur créatif de cette modalité communicative. Il est facile de nos jours d’explorer via les territoires numériques cette communication visuelle : un récit émotionnel quotidien, telle est la substance des échanges en continu de photos et smileys pour décrire une situation, pour commenter un instant. À la même manière on pourrait aussi faire référence, comme nouvelle conduite sociale, à l’échange via la parole des appareils de l’univers Apple avec la création de Siri, cette application de reconnaissance vocale qui nous fait penser à la machine HAL 9000 de l’Odyssée de l’espace du romancier Arthur C. Clarke adapté au cinéma par Stanley Kubrick, symptôme d’une intelligence artificielle capable d’interagir grâce à une interface vocale. Et ainsi aujourd’hui nous sommes souvent confrontés à ce rapport vocal avec l’iPhone où l’on parle avec Siri comme un compagnon de route et un assistant du quotidien ! Ou encore, dans le développement de l’intimité, nos échanges émotionnels avec des objets connectés ou objets dits « intelligents » – un véritable business où l’on produit tout et n’importe quoi – avec lesquels on est en interaction, sont le symptôme d’une mutation (sans apporter ici un jugement moral de notre part[7]) de notre environnement existentiel qui apporte ainsi une autre manière d’agir, un autre type de comportement (souvent jugé comme débile), une autre modalité d’interaction et communication[8].

Ces quelques exemples d’interfaces et modalités communicatives, nous informent sur cet échange incessant entre le corps social et le corps technique. Comme l’indique Milad Douehi, « ce sont les interfaces entre ces corporéités qui organisent et forment les articulations de la culture numérique » (2013: 26). Cela met aussi en évidence de plus en plus que le numérique n’est pas une substance morte mais bien un espace habité, un environnement d’un ensemble d’espaces connectifs.

L’expérience du monde est subséquemment influencée et agencée aussi par le numérique. Voilà une des substances à admettre dans notre contemporanéité où l’on ne peut plus négliger l’apport du numérique, des interfaces technologiques dans la constitution du vécu.

 

Ouvertures 

Dans la condition ambientale de l’esprit du temps, il faut alors penser la technique et l’existence à l’intérieur d’une même logique unificatrice. D’ici s’origine une production d’une sensitivité sociale qui participe à la construction du monde. Nous sommes dans une situation où l’imprinting techno-cognitif, numérique, crée une sorte d’écologie de l’esprit, de la communication et de la perception. Si nous pensons à la production et réception technologique, à la dilatation trans-culturelle médiatique, au mediascape actuel, il faut interpréter ces facteurs comme une conséquence logique d’une adaptation à l’époque « situationnelle » qui nous informe sur l’état de la société contemporaine. Le regard est donc projeté dans un paysage techno-symbolique numérique qui intensifie à foison les formes de l’imaginaire à travers lesquelles s’organise notre vécu et la conséquente mise en vision du monde.

Le perpétuel échange photographique et vidéo de notre vécu, l’instant messaging visuel, le ludisme hypermédiatique, la vision nomadique à travers les appareils sensoriels constituent un ensemble d’actions s’imbriquant à la façon d’alimenter, dans le théâtre de la vie quotidienne, la vision et la perception des détails et fragments de l’être au monde. Donc, dans un processus de connaissance dominé par l’exigence de créer des modes de voir et de penser, il faut créer une synergie d’acclimatation: c’est-à-dire une manière de dévoiler les racines de ce qui se vit dans le hic et nunc de l’atmosphère situationnelle, de manière à permettre de retrouver et reformuler un sens du Réel à travers l’expérience techno-existentielle du vécu. Il s’agit de considérer le processus historique et social que déjà McLuhan avait mis en perspective en analysant le rôle joué par les inventions technologiques sur les manières de vivre. Les médias, dans la perspective mcluhanienne, sont le symptôme d’une transformation de nos sociétés et en même temps créent un écosystème et une nouvelle nature. Donc, nous sommes confrontés actuellement à cette nature numérique dans laquelle il faut également remarquer la manière à travers laquelle le monde écranique représente un nouveau naturalisme (Fisher, 2014: 161) qui conditionne les modalités d’accès à l’univers social.

Cette condition numérique façonne ainsi notre imaginaire: nous le savons d’ailleurs et partageons ici l’idée de Doueihi que l’imaginaire social constitue l’enjeu premier de la culture numérique (2013: 23). A partir de là, il est possible d’observer comment l’influence numérique est le symptôme de mutations des situations sociales et des comportements, des liens et de l’être. On peut dire que la vie sociale mobilise toute une série de comportements observables aussi dans l’univers numérique qui participe à la structuration de mode de vie. Il faudra ainsi mobiliser un type de perception que l’on peut nommer de multi-perspective capable d’observer la dimension sociale dans sa globalité et complexité qui se tisse entre l’espace social tangible et l’espace numérique. Naturellement la perception correspond à ce à quoi nous pouvons donner une forme; ainsi la nature numérique participe à notre expérience sensible avec des stimulations sur nos manières d’être et d’apparaître dans cette logique ubiquitaire de la vie contemporaine.

Il est désormais clair que dans cette ubiquité permanente et dans la vitesse de la mobilité, il y a une fusion entre l’espace tangible et l’espace numérique, une tendance qui efface les barrières, les frontières entre ce qui est considère comme réel et ce qui est (encore !) considéré comme virtuel. Il n’est plus question alors dans ce changement perceptif et paradigmatique du numérique de continuer à parler de virtuel au sens qu’on donne d’habitude au terme. Rappelons-nous (de manière plutôt simplificatrice[9]) que le terme de virtuel possède une valeur sémantique très complexe et des significations variées comme en philosophie ou en physique. L’étymologie du terme vient du latin médiéval virtualis qui traduisait le concept d’Artistote de dunamis (la puissance). Donc virtualis peux exprimer une force à la base du mouvement du réel, ce qui signifie aussi que le virtuel est réel. Cette conception nous vient à l’aide pour montrer le changement du monde numérique dès sa création: c’est-à-dire que si dans les années 1980 on parlait de réalité virtuelle comme quelque chose qui s’opposait au réel, aujourd’hui il faut considérer le territoire du web comme un espace concret et matériel où nous habitons. Le virtuel (qui souvent reste une terminologie de référence pour la fiction ou mieux les univers fictifs) n’est donc plus une manière pertinente pour définir l’espace rhizomatique du web. C’est ainsi que, dans notre actualité, la conception de univers numérique prend son essor pour la compréhension de ce monde-ci et nous informe alors sur l’état de notre société. Observer le monde numérique, capter l’imaginaire s’avère être une des possibilités pour appréhender la nature humaine; l’imaginaire numérique représente alors une substance de circulation entre les diverses mailles du réel: ce qui nous amène à penser en définitive qu’il est indispensable de réaliser une connexion entre réel, imaginaire et numérique afin de rendre compte des fragments du monde dans lequel nous vivons.

 

Références

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DEBRAY, Régis, 1991, Cours de médiologie générale, Paris, Gallimard

DOUEIHI, Milad, 2013, Qu’est-ce que le numérique, Paris, Presses Universitaires de France

FISHER, Hervé, 2014,  La divergence du futur, Montréal, VLB éditeur

GEHLEN, Arnold, 1984, L’Uomo nell’era della tecnica, prefazione di A.Negri, Milano, Sugarco

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MC LUHAN, Marshall, 1994 (1964), Understanding Media: The Extensions of Man, Boston, MIT Press

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[1] Le terme latin signifie entrée, accès.

[2] À noter que récemment la revue International Journal of Communication a consacré une large analyse à travers diverses perspectives sur la pratique du selfie dans une section spécial du N°9, 2015, coordonné par Nancy Baym et Theresa Senft. Open acces: http://ijoc.org/index.php/ijoc/issue/current#more4

[3] Professeur à la New York University, elle est à l’origine du Selfie Research Network, un groupe international sur l’étude des implications sociales et culturelles du selfie : www.selfieresearchers.com

[4] Sur ce sujet nous renvoyons à l’analyse de V. Susca (2011), Joie tragique. Les formes élémentaires de la vie électronique, CNRS Édition, Paris.

[5] À ce propos il suffit de voir le projet de design open source Noun Project pour construire une « langue visuelle mondiale » : https://thenounproject.com/

[6] Terminologie qui indique bien le phénomène de mélange entre écrit et images. Ce terme est utilisé particulièrement en psychologie.

[7] Voir à ce propos l’article « Is Smart Making Us Dumb ? » du The Wall Street Journal, 2013. En ligne: http://www.wsj.com/articles/SB10001424127887324503204578318462215991802

[8] Pour une analyse psycho-socio de la question des technologies de communication et des relations humaines médiatisées par des machines, voir S. Turkle, 2015, Seul ensemble. De plus en plus de technologies de moins en moins de relations humaines, Paris, L’Échappée.

[9] Naturellement la discussion sur la signification linguistique du terme virtuel est beaucoup plus large. On peut par exemple recourir  à l’idée de Gilles Deleuze, de Thomas d’Aquin (la Summa), de Diderot (l’Encyclopédie en 1757).